Articles de heleneh71
Est-ce toujours la faute des profs ?
Comme de nombreux parents, j'ai parfois fulminé contre l'Education Nationale concernant la prise en charge de ma fille. Il faut le reconnaître, ce n'est pas simple de confier nos enfants, dont les difficultés sont complexes et multiples à des personnes qui n'ont souvent que quelques vagues connaissances sur le sujet. Mais voilà, nous n'avons pas d'autres options. Il existe bien quelques Etablissements Privés, mais onéreux.
Toutefois, si nous avions vraiment le choix, accepterions nous, parents, que nos enfants soient intégrés dans une classe adaptée à leurs difficultés ? En ce qui me concerne, oui ! Comme j'aurais aimé que ma fille reçoive un enseignement spécifique. Cela nous aurait occasionné beaucoup moins de stress, de fatigue, de travail, d'émotions négatives, une vie plus sereine.
Comme vous tous, nous avons rencontré des enseignants hostiles à la dyslexie. Mais pas que. Certains méconnaissaient le sujet et faisaient cependant de leur mieux. D'autres, en revanche, le maitrisaient et l'année se déroulait merveilleusement bien. Bon, c'est vrai, ce n'était pas la majorité ! Nous avons eu aussi une enseignante qui avait suivi une formation sur la dyslexie. On s'était dit super ! Et bien, elle fut la plus intransigeante de tous. Comme quoi !
Lors de ma dernière rencontre "parents-professeurs", je m'étais donnée la mission de sensibiliser les professeurs sur la dyslexie. Je fus contente de constater qu'ils étaient très interessés par le sujet. N'est-ce pas les petits ruisseaux qui font les grandes rivières ?
Je suis consciente de la complexité d'enseigner à nos enfants. Ils demandent une pédagogie spécifique et du temps que les enseignants ne peuvent donner dans le système tel qu'il est. Et oui, impossible d'adapter le programme de la classe en fonction des troubles d'apprentissage d'un ou deux enfants .
Lorsque j'échange avec des parents, ils sont nombreux à estimer qu'il s'agit d'un droit pour leurs enfants de suivre le même cursus que les autres élèves. Cela part bien sûr d'un bon sentiment. Reconnaissons tout de même que ça ne fonctionne pas très bien, à moins de troubles d'apprentissage légers. Cela engendre chez nos enfants une surcharge de travail, du surmenage, du stress, des résultats en dent de scie entraînant une mauvaise estime de soi. Le bilan est loin d'être positif. Il n'y a qu'à lire les témoignages de parents pour s'en rendre compte. Tout le monde galère : parents, enfants, enseignants. Rien de bien satisfaisant dans tout cela.
Que des enfants surdoués soient regroupés dans une même classe nous semble normal. Alors pourquoi ne pas le faire avec des enfants dys et utiliser une pédagogie adaptée avec des enseignants formés et sensibilisés ! Cela ne les empècherait pas de s'ouvrir aux autres. En fait, cela leur permettrait d'être plus épanouis et sereins. Je reste persuadée que si la vision des parents change (c'est-à dire qu'ils acceptent vraiment les difficultés de leur enfant et donc la nécessité d'un enseignement spécifique), et bien l'Education Nationale suivra.
Lorsque j'ai appris la dyslexie de ma fille, ses difficultés étaient telles, que j'ai cessé de travailler pour la prendre intégralement en charge. Je savais que toutes les aides "mécaniques" mais nécessaires resteraient insuffisantes. Nos enfants ont besoin d'un soutien constant. Je n'ai jamais trop attendu des autres. Mais c'est vrai, tous les parents n'en n'ont pas la possiblité.
En conclusion, sous prétexte de l'égalité des droits et des chances, nous scolarisons nos enfants dans des établissements dont la formation des enseignants ne correspond pas aux besoins spécifiques de nos enfants. Et l'on se demande pourquoi ça ne marche pas !
Alors, en demandons nous de trop aux enseignants pour que nos enfants intègrent le moule de la normalité ?
Et mon handicap, tu le veux ?
Un soir de la semaine dernière, en récupérant ma fille, j'ai tout de suite compris que quelque chose s'était passé. Je la sentais contrariée. C'est au dîner qu'elle s'est confiée à nous, les yeux larmoyants.
Une évaluation a eu lieu en cours de Français. Son Professeur a proposé aux élèves dyslexiques de se munir de la méthodologie afin de réaliser le corpus demandé. Initiative très sympa au demeurant de la part de l'enseignant.
Mais voilà, cette suggestion n'a pas plu à une partie de la classe, ce qui a occasionné une forte contestation. Voici ce que ma fille a entendu : "Quoi ? Parce qu'ils écrivent ou lisent plus lentement que les autres, on doit les favoriser ? Et bien nous aussi, nous sommes dyslexiques ! Nous refusons de faire l'évaluation si nous n'avons pas les mêmes avantages !"
Avantages, tiens donc ! Parce qu'être est dyslexique est un avantage ?
Alors, je vous pose les questions suivantes : est-ce un privilège que :
- d'éprouver des difficultés de lecture,
- d'avoir une orthographe défaillante,
- de passer trois fois plus de temps que les autres à faire ses devoirs,
- de travailler toujours plus pour des résultats inégaux,
- de passer son temps libre à des séances de rééducation, pendant que vous prenez du bon temps avec vos amis,
- de rechercher en permanence des solutions afin de s'adapter à des méthodes pédagogiques inadaptées,
- de sentir ses difficultés incomprises,
- d'affronter des jugements négatifs au quotidien,
- d'être parfois humilié,
- de devoir régulièrement justifier ses aménagements,
- d'être rejeté parce que l'on fonctionne différemment,
- de faire face aux moqueries des camarades de classe,
et j'en passe.....
Alors, toujours prêts à signer ce contrat ?
Ma fille n'a pas répondu à ces personnages qui de tout façon n'auraient rien ou pas envie de comprendre. Elle a encaissé. Elle a fait son évaluation, mais elle l'a râtée. Elle a bien sûr été très touchée par l'attitude de ces élèves.
Une chose est sûre cependant. La dyslexie a développé chez ma fille, chez vos enfants des compétences humaines bien réelles. Ils sont perséverants, travailleurs, volontaires et courageux. Ils ont la notion de l'effort, une force de caractère et une maturité d'esprit bien accrues. Et plus que tout, ce sont des êtres sensibles, empathiques et bienveillants. Toutes ces qualités font de nos enfants des êtres tout simplement extraordinaires.
Alors oui, être dyslexique est un atout !